Robert Cordier, metteur en scène

Robert Cordier, metteur en scène

Robert Cordier, la formation de l’acteur en toute passion !
Metteur en scène et pédagogue, la flamme du Passeur !

Célébrons la mémoire de Robert Cordier parti rejoindre ses maîtres début avril. C’était un homme de passions, de théâtres, de cinéma, un grand metteur en scène, un chef de troupe et un pédagogue hors pair. Plus qu’une pépite, un générateur de pépites ! Il a formé des gens comme Xavier Durringer, Hippolyte Gigardot, Mireille Perrier et tant d’autres. De nombreux comédiens et comédiennes lui doivent leur passion, leur entrée dans la carrière d’acteur de théâtre et de cinéma. (de quoi rentre jaloux le Conservatoire National !).

Quand je relis la page wikipédia de Robert Cordier, je comprends mieux ce qui l’animait, tant d’expériences, de projets, d’aventures ! Je ne savais pas qu’il avait lutté pour la cause des droits civiques des noirs dans l’Amérique des années 60.

Grâce à lui, j’ai pu goûter, mesurer modestement ce qui se passe à l’intérieur d’un acteur pour créer, incarner un personnage, une situation sur les planches.

metteur en scène de théâtre

Pascal Castelletta a été son élève puis un compagnon de route, il témoigne :
« Pascal Castelletta, que peut-on retenir aujourd’hui du parcours de Robert Cordier ? »

Niveau théâtre, on peut dire que Robert Cordier a marqué une époque avec sa partenaire Lesley Chatterlay, comédienne hors pair.

Directeur du Théâtre Marie Stuart de 1984 à 1994, il a mis en scène de nombreux auteurs américains assez peu connus pour cette période … J’ai eu la chance d’être acteur dans Savage Love de Sam Shepard, entre autres, mis en scène par Robert. Cette pièce, extrêmement théâtrale, fut jouée quelques années et eut un grand succès.

Le Marie Stuart était aussi un théâtre très prolifique pour l’enseignement de l’art dramatique où nous faisions nos armes comme jeunes comédiens. Très loin à l’époque de l’enseignement dispensé par les conservatoires ! C’était un haut lieu reconnu pour proposer une programmation très underground à l’opposé de celle de la Comédie Française !! … Des pièces de théâtres inédites !! Les plus grands critiques de théâtre étaient toujours présents pour faire un papier sur l’audace des mises en scène de Robert Cordier. La transmission du savoir à la jeunesse était aussi une priorité absolue pour lui. Durant ces trente dernières années, il n’a eu de cesse d’être dans cette énergie là. Il insistait sur le fait que « nous sommes ce que nous enseignons » et par ce biais nous devrions tenter de réexaminer et approfondir l’éthique et la pratique de ce curieux, absurde et bel état de d’interprète. Robert Cordier a œuvré en ce sens en restant toujours actif et bienveillant envers tous, sur la voie de la découverte et de la création d’objectifs mobilisateurs.

Robert Cordier

Robert cordier parlait souvent du métier …

Un métier d’allégeance au personnage et à ses besoins impératifs dont l’art de la mystification de soi-même et des autres doit, forcément, s’apprendre. Et si cela s’apprend, c’est bel et bien ce que nous devions faire. Notre école, son école, sa vie en quelque sorte… Son parcours de pédagogue était vraiment essentiel dans sa vie quotidienne. Nos maintes discussions sur le concept pédagogique qu’il avait élaboré depuis plus de trente ans était l’œuvre de sa vie.

Le training créé par lui était adapté et diversifié, laissant une grande part à l’improvisation et simplifiant le système Stanislavski, trop compliqué et peu pratique pour l’acteur. La formation innovante et professionnelle qu’il conçut offrait un savoir-faire permettant d’exceller dans tous les styles, du métier de théâtre, dont le cinéma est une branche. Après trente ans sur le terrain et sur scène, la synthèse des méthodes performantes puisées à la source des maîtres donnait un résultat appréciable de son enseignement.

Robert Cordier disait du métier :«il est fait de toutes les douleurs et des plus belles joies du monde. Creuset de bénéfiques croyances où rien n’est jamais faux entre un lever et un baisser de rideau ou entre « Moteur » et « Coupez ! » »

Il suffit d’avoir un peu la foi et tout devient réel, les larmes imaginées et les grands serments de soirs de carnaval. La comédie et le drame. Oui, tout est vrai dans le spectacle vivant ou au cinéma, devant les gens qui payent pour y croire ou face à la caméra que l’acteur doit aimer quand il prend la lumière. Pour gagner au théâtre, il suffit, croyant en ses personnages inventés de croire un peu en soi et en la passion imaginaire qui délivre. Comme les bonnes pièces vont quelque part, les carrières réussies et les rôles accomplis sont une délivrance. Allant là où ça doit aller. Où ? Vers ce qui donne un sens à l’avenir de la profession et du monde.

En quoi Robert Cordier était-il différent des autres metteurs en scène ? Qu’est-ce qu’il a apporté de plus au monde artistique ?

Robert Cordier avait une folie exigeante et une exigence folle dans le travail. Sa culture immense sur le théâtre, la peinture, la sculpture faisait de lui un touche à tout éblouissant. Il connaissait l’œuvre d’Artaud au bout des doigts et la considérait comme la base de son travail de metteur en scène. Ce qui ne l’empêchait pas d’être très pointu sur les grands maîtres du siècle dernier. Jouvet par exemple, pour sa compréhension de Molière. Robert Cordier faisait référence a beaucoup de pédagogues excellents qui ont fait que le théâtre est ce qu’il est aujourd’hui. Les grecs n’avaient aucun secret pour lui. Sa culture générale était immense, inspirant la dramaturgie de ses mises en scène. Sa mémoire des auteurs et de leurs œuvres était impressionnante. Pour avoir travaillé avec lui une trentaine d’années, c’est aussi ses propres racines qui alimentaient son génie créatif.

La beat generation et tout ceux qu’il avait rencontré durant ses pérégrinations artistiques. Warhol, les Rolling Stones, etc… En répétition, je me souviens de sa minutie en tant que metteur en scène et cette capacité constructive sur l’imaginaire des objets. Il avait une approche vraiment scientifique du plateau et de l’espace scénique. Tout était conçu selon sa vision des actions et fondé sur l’objectif du personnage. Aussi l’exigence du corps qu’il nous inculquait rendait les émotions des acteurs extrêmement palpable. Personne ne sortait indifférent d’un de ses spectacles car ils étaient psychédéliques et très hauts en couleurs … Le travail sur Meisner qu’il faisait avec Leslie Chatterlay impactait très fort les jeunes acteurs. Cette méthode redoutable d’efficacité permettait aux apprentis que nous étions de prendre une grande confiance en nous dans l’art de la scène.

Robert Cordier disait de l’acteur :  « Il n’est pas un pantin hautement qualifié, parlant haut et fort mais vide, il doit être profond. Ce qu’il fait, il doit le faire à partir de l’exigence de son propre centre émotionnel. Notre acteur est unique, il a sa propre respiration ; il ose déborder de la réalité pour aller à l’inconscient des gens à partir du fond de sa nature propre. Maître du choix, il a le toupet de tout tenter. Il est vivant : c’est une machine à comportements. Happé par ce qu’il a à faire, il s’habitue à jouer le silence entre les mots et le sous-texte du scénario; se livrant pleinement à l’accomplissement des objectifs ancrés dans les circonstances imaginaires du rôle, activement attentif au comportement des partenaires de jeu. Il est prêt à courir des risques.

Son instrument, certes compliqué ! C’est lui-même : sa voix, son corps, ses nerfs, sa chair, sa sensibilité, sa richesse intérieure, ses capacités d’écoute active, son sens profond des autres et de l’observation. Il veut faire rire et pleurer, donner du bonheur, offrir des émotions. Mais, la plus précieuse chose qu’il doit offrir, c’est son âme. L’âme qui donne couleur et force à sa personnalité, alors qu’elle se sublime dans le personnage qu’il sert de toutes ses forces physiques et mentales, avec finesse. » Voilà avec quoi Robert Cordier faisait de la mise en scène !

« Pascal Castelletta,  Avez-vous un souvenir particulier, une anecdote, une pépite à nous partager ? »
Je voudrais saluer son amitié indéfectible envers moi. Plus de trente années où il a toujours été fidèle. Il a toujours encouragé mon engagement dans l’école mais aussi pour mes projets personnels … Il était une oreille attentive et fraternelle. Robert Cordier était un homme de théâtre, une grande source de savoir. Il était notre mentor. Nous l’aimions dans sa douceur et aussi dans ses excès mais nous l’aimions. Aujourd’hui, du haut de son socle, il doit nous regarder amusé et enthousiaste, prêt à recréer un nouveau lieu où théâtre serait le mot d’ordre.

A toi mon Robert.

Page Facebook de Robert Cordier (les photos sont issues de cette page)
Article tiré du blog de achaquejoursapepite