Un spectacle dans un théâtre parisien par les 2èmes Années

Un spectacle dans un théâtre parisien par les 2èmes Années

Histoire de l’école de théâtre Aberratio

Depuis plusieurs années les classes surchargées (+ de 25 élèves), l’absurdité des programmes nous pesaient.

Les classes surchargées car elles ne nous permettaient pas d’aider et de soutenir chacun et chacune des jeunes acteurs et actrices. Qui peut décider qu’untel ou une telle a plus de talent qu’un ou qu’une autre? Plus de facilités, certes, d’ordre culturel ou social qui permettent de manier le langage et les codes avec aisance. L’absurdité des programmes car ils juxtaposaient des cours sans lien entre eux et sans idée de progression.

Hervé Laudière et moi-même, en dehors de nos métiers d’acteur et de metteur en scène que nous pratiquons avec ferveur, sommes des pédagogues, des passeurs. Nous aimons transmettre. Il nous serait impossible de ne pas le faire.

Notre école de théâtre présente trois particularités :

Nous travaillons en groupe de 16 personnes, nous connaissons chacun(e) de nos élèves. Le travail est très personnalisé, adapté à chacun(e).
Le programme est organique. A travers les différents cours une progression est organisée pour l’élève.

Première année de théâtre

Dans notre école de théâtre, en première année nous réveillons ou amplifions sa créativité, ses intuitions, sa confiance à travers l’improvisation abordée de diverses façons. Nous lions cet état d’ouverture par le jeu à la lecture, la compréhension et l’interprétation de textes contemporains.

Deuxième année de l’école de théâtre

En deuxième année, année de l’approfondissement, l’élève est amené à susciter ses émotions de manière plus radicale, à les amplifier et les sculpter à travers un parcours cohérent. Le travail à la caméra intervient alors vraiment à ce moment-là.

L’équipe composée de dix professeurs différents, toutes et tous par ailleurs investis comme acteurs, chanteurs, metteurs en scène travaille ensemble autour de projets communs et résout ensemble les problèmes qui peuvent se poser: Absentéisme, difficultés d’un élève…Ce travail d’une équipe soudée nous a permis de traverser la période du confinement et de l’après-confinement sans trop de dégâts. Trois à quatre réunions/Zoom étaient proposées par niveau et par semaine. Nous réalisons des projets cinématographiques et théâtraux adaptés à chaque niveau. Cela nous permet de créer une dynamique collective en rassemblant les énergies et les talents dans un but précis : Les représentations ou les projections avec l’exigence que nécessite la rencontre avec les publics.

Ainsi nous n’oublions jamais que le véritable but de tout cela est le don de lui-même que fait l’acteur au spectateur.

Dans cette optique , avec l’aide de Didier Monge, spécialiste de la voix (Roy Hart Théâtre et Pan Théâtre) et de Lorédana Chaillot mon assistante, j’ai créé « Comme il vous plaira » de W. Shakespeare avec les 2ème années, malgré le confinement, et à la sortie de celui-ci, la joie de se retrouver nous donna un tel élan que nous étions pris d’une frénésie de travail et d’expérimentations. « Comme il vous plaira »est un enchaînement d’intrigues béni pour exprimer cette rage de vivre et de jouer qu’ont nos jeunes acteurs et actrices et pour expérimenter avec un peu de maturité , ce qui a été mis en place depuis 2 ans dans leurs apprentissages. Il existe un parallèle évident entre les personnages de Rosalinde, Orlando et Célia qui sont à l’orée de leurs choix et nos jeunes acteurs et actrices en devenir.

Nous avons poussé à l’extrême la violence des désirs et des sentiments amoureux et le jeu de cache-cache avec les genres pour, j’espère le plus grand plaisir des spectateurs.Ils sont éperdus et ivres d’amour et leurs égarements nous les rendent à la fois touchants et ridicules et peu nous importe, n’est ce pas, le genre ou le sexe de celui ou celle qui aime ou qui est aimé puisque Rosalinde, Orlando, Célia, Olivier et tous les autres nous disent, à l’instar de Margueritte Duras dans Les petits chevaux de Tarquinia: « Aucun amour au monde ne peut tenir lieu de l’Amour, il n’y a rien à faire ».

Notre école , et nous en sommes fiers est un véritable lieu de mixité, mixité sociale bien sûr, mais pas seulement. J’irais même plus loin : Les différences qui sont un marqueur dans notre société , nous ne les voyons pas, on s’en fiche !

Comment les futurs acteurs et actrices, auteurs et autrices, metteur(e)s en scène peuvent-ils représenter , réfléchir la société de demain, s’ils sont tous et toutes issus d’un même moule et formatés à l’extrême ?

Toutes ces expérimentations, ces réflexions nous ont naturellement rapprochés de Rui Frati et de son équipe qui nous accueillent dans leur théâtre de l’Opprimé mettant à la disposition de nos jeunes acteurs et actrices un lieu de rencontre avec le public, fondamental. Du fond de nos cœurs nous les en remercions.

Claude Viala